COURRIER AUX CANDIDATS A L'ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE 
POUR INSCRIRE L’INDUSTRIE DES BIENS ÉLECTRONIQUES ET TECHNOLOGIQUES PARMI LES PRIORITÉS DE LA FRANCE
POUR LE PROCHAIN QUINQUENNAT 

Madame la candidate à l’élection présidentielle de la République Française,

Monsieur le candidat à l’élection présidentielle de la République Française,

 

Nos entreprises se réunissent aujourd’hui, à l’initiative de l’association Hardware France, pour vous faire part de leurs analyses et propositions car nous pensons qu’il est urgent d’inscrire l’industrie des biens électroniques et technologiques parmi les priorités de notre pays pour le prochain quinquennat.

 

Les biens électroniques et technologiques, une réponse aux défis environnementaux et sociétaux pour les décennies à venir

Au cours des vingt dernières années, nous avons vu l’explosion de l’internet, la numérisation de la société, la multiplication des plateformes, des applications, etc. Ce monde devenu tout « numérique » a commencé à répondre aux grands défis environnementaux et sociétaux : transition écologique, inclusion, transformation de l’économie, etc.

Nous voyons cette numérisation de la société comme une première étape qui devra être complétée car, pour transformer le monde, il est nécessaire aussi d’agir sur le réel.

Nous venons également de vivre deux années pendant lesquelles notre pays a réalisé l’importance d’assurer son indépendance en matière de biens électroniques et technologiques. L’enjeu est de maîtriser notre avenir dans le monde « physique ». C’est pourquoi, nous pensons que les prochaines décennies seront celles des biens électroniques et technologiques, c’est-à-dire celles des objets, produits, équipements, machines contenant de l’électronique.

Nous le constatons déjà dans nos vies quotidiennes : les objets qui nous entourent deviennent chaque jour plus intelligents, plus vertueux, plus indispensables. Un nouveau paradigme émerge. Nous n’en sommes qu’au début.

 

Dans la course mondiale, l’écosystème français des biens électroniques et technologiques dispose de nombreux atouts et peut contribuer à réindustrialiser significativement la France

Des centaines de startups et PME/PMI françaises se distinguent par leur créativité, chaque année au CES de Las Vegas. Leurs innovations s’appuient sur des produits électroniques intelligents, performants et différenciés. Il y a déjà des premières réussites de startups françaises. Pour autant, cela reste rare et notre pays compte encore trop peu de grands groupes et de licornes dans le domaine des biens électroniques et technologiques.

Ces startups s’appuient sur plus d’un millier d’entreprises sous-traitantes (assembleurs, sous-traitants, fabricants de puces, bureaux d’études, entreprises de mécanique, de plasturgie, laboratoires, etc). Au cours des dernières années, ces entreprises ont su s’adapter et préserver leur savoir-faire industriel, dans un contexte parfois difficile. Ce secteur, dans son ensemble, a eu l’intelligence de se démarquer par l’innovation et l’excellence.

Fort de cette créativité, des compétences et de l’outil industriel existants, il existe un très fort potentiel de croissance du secteur des biens électroniques et technologiques en France.

OBJECTIF

 

Forts de ces constats, nous pensons qu’il est temps d’identifier l’industrie des biens électroniques et technologiques sur notre sol, comme l’un des secteurs phares de la reconquête industrielle française. La France peut, grâce à cette industrie au potentiel considérable, redevenir une grande nation industrielle.

PROPOSITIONS

 

Pour atteindre cet objectif, nous nous mobilisons aujourd’hui pour vous faire part de nos propositions autour des 8 thèmes suivants :

1. Identifier le secteur des biens électroniques et technologiques comme priorité nationale

 

Tout d’abord, nous pensons que notre pays devrait afficher son ambition de reconquête dans le secteur des biens électroniques et technologiques et, pour cela, l’identifier comme secteur prioritaire pour les prochaines décennies.

2. Favoriser l’investissement public et privé dans les projets de développement et industrialisation de biens électroniques et technologiques

 

Nous appelons de nos vœux la mise en place d’une politique favorable à l’investissement public et privé dans les projets de développement et d’industrialisation de biens électroniques et technologiques. Pour être pleinement efficace, cette politique devrait tenir compte des spécificités du secteur (échelle de temps des projets, niveaux d’investissement, réglementation, etc.) et inciter à la prise de risque des acteurs, notamment par des leviers fiscaux.

Un tel signal dynamiserait notre écosystème tout entier et permettrait de rassurer les investisseurs privés, en montrant la volonté de notre pays de faire émerger, dans les prochaines années, des champions mondiaux sur notre sol.

3. Mettre plus complètement en lumière les caractéristiques environnementales des produits vendus sur notre territoire

 

De grands efforts ont été consentis au cours des dernières années, pour informer le consommateur sur certaines caractéristiques environnementales des produits qu’il achète, notamment sa consommation énergétique, sa réparabilité et, bientôt, sa durabilité. Cela nous semble aller dans le bon sens car il est important d’attirer l’attention du client final sur ces aspects, afin de l’aider à faire les meilleurs choix pour la planète.

Nous pensons que cette démarche devrait être rapidement complétée et élargie, afin que les consommateurs, ainsi que les acheteurs du secteur privé et public, soient systématiquement informés de l’ensemble des caractéristiques environnementales et de développement durable des produits qu’ils projettent d’acheter. Le projet d’affichage environnemental élaboré par les pouvoirs publics français constitue une bonne base de réflexion, qu’il conviendrait, selon nous, d’affiner et compléter, notamment à la lumière de l’expérience des entreprises françaises de notre secteur, particulièrement en avance sur ces aspects.

4. Aider à la structuration de l'écosystème des biens électroniques et technologiques français​​

 

Nous pensons que la réussite de l’industrie des biens électroniques et technologiques française passera par un fort niveau de structuration de la filière. La dominance actuelle de l’Asie s’explique, en grande partie, par son réseau de sous-traitants très organisé dont nous devrions nous inspirer.

Pour parvenir à cet objectif, il nous semble nécessaire d’aider les acteurs à mieux connaître leur écosystème, bénéficier de mutualisations de savoirs, de conseils et de recommandations et établir davantage de collaborations et de synergies.

Nous proposons que l’association Hardware France et les organisations professionnelles représentatives des métiers de l’écosystème des biens électroniques soient mandatées pour constituer une plateforme d’échanges propre à ce secteur et mettre en réseau les acteurs.

5. Créer, en France, un salon professionnel international dédié aux biens électroniques et technologiques​​​

De nombreux salons dédiés aux produits électroniques et technologiques existent de par le monde : Les Etats-Unis ont le Consumer Electronic Show (CES), l’Allemagne a l’IFA et l’Espagne a le Mobile World Congress.

La France est, elle, démunie de salon équivalent et les startups françaises n’ont pas d’autre choix que de se faire connaître sur les salons étrangers.

Il nous semble donc urgent de créer, en France, un salon dédié aux entreprises des biens électroniques et technologiques innovants, montrant la volonté de notre pays de faire prévaloir le dynamisme et la créativité de ses entreprises.

6. Développer les compétences nécessaires pour notre filière​​​

De nombreuses entreprises françaises de notre secteur rencontrent des difficultés pour recruter des collaborateurs, notamment dans certains métiers spécifiques.

Nous souhaitons qu’une réflexion soit engagée pour remédier rapidement à cette pénurie, aussi bien dans le cadre de la formation initiale que de la formation continue.

7. Favoriser les synergies entre grands groupes et startups, PME/PMI​​​

Enfin, les grands groupes ont besoin de startups et PME/PMI, porteuses d'innovations et de réactivité. Inversement, les startups, PME/PMI ont besoin des grands groupes pour atteindre une taille critique et devenir les leaders de demain.

Nous pensons qu’il est important de favoriser, plus encore qu’aujourd’hui, les rencontres entre entreprises de toutes tailles, pour développer les synergies de demain au sein de notre écosystème.

8. Réduire, pour les startups, les coûts liés à la mise en conformité réglementaire des produits​​​

La réglementation qui s'applique spécifiquement à notre secteur est particulièrement complexe et induit des coûts importants, souvent disproportionnés par rapport aux capacités financières des startups du secteur des biens électroniques et technologiques. Pour autant, cette réglementation est, à nos yeux, particulièrement importante pour la sécurité du consommateur et la préservation de l'environnement.

C’est pourquoi, nous proposons que soient mises en place des solutions permettant d'alléger les coûts induits par la réglementation et d’aider les startups à disposer des informations les plus complètes et actualisées sur la réglementation. Ces solutions pourraient passer par des leviers fiscaux, ainsi que des mutualisations d’outils, informations et expertises, à définir dans le cadre d’une mission spécifique confiée à Hardware France et aux organisations professionnelles représentatives des métiers de l’écosystème des biens électroniques.

EFFETS ATTENDUS

 

Nous pensons que des dizaines de milliers d’emplois peuvent être créés, grâce à ces propositions de mesures, dans les prochaines années.

Le secteur des biens électroniques et technologiques est, en effet, un gisement de croissance considérable pour notre pays en rendant possibles des innovations à forte valeur ajoutée, des nouveaux usages et des nouveaux modèles économiques. De plus, la production industrielle de ces produits sur notre sol devient aujourd’hui bien plus attractive qu’autrefois. En effet, au cours des dernières années, beaucoup d’acteurs se sont rendu compte que la production en Asie induisait des coûts cachés et rendait difficile l’amélioration incrémentale. Produire en France permet plus de réactivité, d’apporter des améliorations constantes, mieux contrôler l’impact environnemental et rend même possible des coûts de productions compétitifs par rapport à l’Asie. Des dizaines de milliers d’emplois peuvent, dès lors, être créés dans les territoires, là où se trouvent les sites industriels.

De plus, le secteur des biens électroniques constitue un vecteur important pour résoudre le problème de déficit de la balance commerciale que connait la France depuis près de vingt ans. Les importations de produits informatiques et électroniques sont l’un des postes qui ont le plus augmenté en 2021 et représentent à présent 1/4 du déficit total de la balance commerciale de la France. Ainsi, en dynamisant son industrie des biens électroniques et technologiques, notre pays peut devenir une nation fortement exportatrice de biens manufacturés, et contribuer ainsi à résoudre le problème de balance commerciale que nous connaissons.

SYNTHESE

 

Nous pensons qu’il est temps que l’industrie des biens électroniques et technologiques soit reconnue, valorisée et devienne l’une des priorités de la France.

La France peut devenir une grande nation productrice. Elle dispose en effet de nombreux talents et atouts et peut, en l’espace de quelques années, arriver à rivaliser avec les autres régions du monde qui ont, depuis longtemps, compris l’importance de ce secteur (Etats-Unis, Corée, Japon, Chine, etc.). Il n’y a pas de fatalité dans le domaine des biens électroniques et technologiques, car les cartes sont redistribuées en permanence.

Notre secteur souhaite être pleinement au rendez-vous de la réindustrialisation de la France. Nous souhaitons développer nos activités et générer des dizaines de milliers d’emplois sur notre sol, et notamment dans nos territoires.

Nous pensons que la puissance publique peut considérablement favoriser le développement de notre industrie en mettant en œuvre les mesures que nous préconisons.

A PROPOS

Filière française des biens électroniques et technologiques : Le secteur des biens électroniques et technologiques représente, en France, plus de 150 000 emplois. Il regroupe de nombreux métiers : fabricants de composants, fabricants de cartes électroniques, plasturgistes, assembleurs, bureaux d’études, bureaux de design, laboratoires d’essais, développeurs de logiciels embarqués, distributeurs, réparateurs, centres de formation, écoles d’ingénieurs, etc.

Association Hardware France : Hardware France est une association Loi 1901, qui a pour but de réunir les fabricants français de biens, produits, équipements électroniques/numériques/hardware. Elle mène des actions pour aider concrètement ces entreprises à se développer et fédérer leur écosystème en France.

Courrier envoyé aux candidats le 6/4/22 - 28 signataires